La fessée
La fessée fait débat depuis longtemps déjà au sein des discussions entre parents, opposant ceux qui prônent qu’une bonne claque n’a jamais fait de mal à personne à ceux qui s’insurgent du moindre châtiment corporel. Et bien, qu’à cela ne tienne, la loi pourrait bien trancher pour nous en interdisant la fessée !
Cette proposition est à l’initiative d’Edwige Antier, députée UMP de Paris mais surtout connue en tant que pédiatre et auteure de nombreux livres et guides sur l’éducation des enfants et la famille. Elle explique que la fessée n’éduque pas les enfants et, au contraire, banalise la violence en leur inculquant « qu’un conflit peut se résoudre par la violence » et « que le fort a le droit de frapper le faible ».
Par cette loi qu’elle souhaite inscrire dans le code civil (et non le code pénal), elle espère faire changer les mentalités, à l’image des 18 Etats Européens qui interdisent les châtiments corporels : la Suède a été la première en 1979 par 344 voix contre 6 ! suivie de la Finlande et la Norvège, puis en 2006 la Grèce, le Portugal et en 2008 l’Espagne.
« Il ne s’agit pas d’envoyer les parents en prison ni de les menacer » explique la députée, « l’article serait lu aux parents lors du mariage ». Il s’agirait donc de marquer seulement la réprobation générale qui entoure l’utilisation de la violence dans la pratique éducative pour remettre au goût du jour le dialogue et des sanctions autres que sous la forme de coups.
Mais en attendant qu’elle soit votée, il faut d’abord que cette proposition de loi soit inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée avant d’être débattue et peut-être votée par le Parlement.
Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, s’oppose à cette proposition au motif qu’elle irait à l’encontre de la responsabilité parentale. Quant à l’opinion supposée des Français, on sait que 87% des parents déclarent avoir déjà donné une fessée et que plus de 50% sont contre son interdiction (Enquête de l’association L’Union des familles en Europe, publiée en 2007), ce qui laisse entrevoir qu’une telle loi serait relativement impopulaire malgré une certaine évolution sur les pratiques punitives ces dernières années : on ne peut qu’être soulagés que l’affreux « martinet » soit devenu marginal sur les étals des quincailleries ! Quant aux gifles, elles sont en régression.
Du Côté de l’école : Une circulaire de l’Education Nationale datant de juin 1991 rappelle que « tout châtiment corporel est interdit ». A l’origine, les châtiments corporels avaient été mis officiellement hors la loi dans les écoles en France depuis 1887 ! L’arrêté du 18 janvier rappelait alors aux instituteurs qu’il « est absolument interdit d’infliger aucun châtiment corporel aux élèves » et que « les seules punitions dont l’instituteur puisse faire usage sont : les mauvais points, la réprimande, la privation partielle de récréation, la retenue après la classe sous la surveillance de l’instituteur et l’exclusion temporaire ». Mais en 1889, la Cour de Cassation reconnaissait aux maîtres et éducateurs un droit de correction au même titre que celui attribué aux parents, tolérant ainsi les châtiments corporels dans la mesure où la santé de l’enfant ne s’en trouvait pas compromise.
Comme dit la chanson : « un pas en avant, deux pas en arrière…. »….
Du Côté des Scientifiques : une récente étude présentée en Californie à San Diego le 25 septembre 2009 lors de la 14ème Conférence Internationale sur la violence et les traumatismes, démontre que la fessée et l’intelligence sont liées. Ainsi, le professeur Murray Straus de l’Université de New Hampshire, qui a étudié deux groupes d’enfants (1 groupe de 806 enfants de 2 à 4 ans et un groupe de 704 enfants de 5 à 9 ans) a noté que « plus on donne de fessées, plus il y a ralentissement du développement de la capacité mentale de l’enfant ». Ce même professeur a étudié la pratique des châtiments corporels dans 32 pays en n’interrogeant pas moins de 17400 étudiants universitaires. Il en est ressorti que le QI était moyennement plus faible dans les pays où la pratique de la fessée était de rigueur. L’explication apportée serait que la fessée engendre un stress chronique qui provoque des symptômes post-traumatiques chez l’enfant ; ces mêmes symptômes étant directement liés à la baisse de QI.
Du Côté des organismes : En novembre 2002 l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), dans son rapport sur « la violence et la santé » fait de la violence envers les jeunes un problème de santé publique : « Le comportement des parents et le milieu familial jouent un rôle essentiel dans le développement d’un comportement violent chez les jeunes. On estime de plus en plus qu’il peut être bénéfique de former tous les parents et les futurs parents ».
Le Conseil de l’Europe, dans son rapport d’octobre 2002, affirme « qu’il ne peut être accepté qu’une société qui interdit toute forme de violence entre adultes tolère que les adultes infligent des violences physiques aux enfants » (ref. 41, page 6).
Suite à une longue enquête internationale faite par un expert indépendant Paulo Sergio Pinheiro, l’ONU prend clairement position : « J’engage les Etats à interdire, quel que soit le contexte, toutes les formes de violence à l’encontre des enfants, y compris tous les châtiments corporels ».
Du côté d’Internet : Si vous êtes intéressé(e)s par des informations vraiment complètes sur l’éducation sans violence, je vous conseille vivement de visiter le site web.me.com. Vous y trouverez un rappel historique de l’histoire des punitions corporelles depuis l’antiquité, des références scientifiques, mais aussi des approches de solutions pour une éducation positive, ….
Et pour finir ce long très long post, je vous invite enfin à méditer sur une citation d’Honoré de Balzac (1879-1936) :
« Il arrive un moment, dans la vie intérieure des familles, où les enfants deviennent, soit volontairement, soit involontairement, les juges de leurs parents. »
Nadège




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